La gestion axée sur les résultats et la santé mentale au travail

« J’ai l’impression d’avoir de plus en plus de comptes à rendre et de moins en moins de temps pour enseigner. »

VOUS NE FABULEZ PAS!

Les écoles, et par ricochet les enseignantes et les enseignants, doivent contribuer à la réalisation des objectifs de performance du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur (MEES). En fait, la GAR est une construction conjointe du MEES et des commissions scolaires qui visent à atteindre des cibles quantitatives de réussite de façon marchande et déshumanisante. Le plan stratégique du MEES, le plan d’engagement vers la réussite des commissions scolaires (PEVR) et le projet éducatif de l’école doivent tous tenir compte de ces nouvelles orientations néolibérales de l’éducation. Par ces encadrements qui s’apparentent à une logique d’entreprise privée, on tente de réguler le travail du personnel enseignant et, plus particulièrement, leurs actions pédagogiques en classe en imposant les supposées « bonnes pratiques ». On espère ainsi aligner les pratiques qui représentent souvent un nivellement vers le bas, afin d’atteindre les visées ministérielles. Une grande pression est exercée sur les enseignantes et les enseignants à l’égard des résultats de leurs élèves. À l’origine de cette gestion pédagogique se trouve une « prémisse fort douteuse voulant que les résultats du système entier (performance des élèves et diplomation) reposent sur “l’efficacité” des enseignantes et des enseignants ». On occulte ainsi plusieurs facteurs déterminants de la réussite scolaire, tels que les facteurs socioéconomiques, familiaux et personnels. Pas facile de garder l’équilibre, quand on est… un élève issu d’un milieu socioéconomique défavorisé, qui a des difficultés d’apprentissage, qui ne profite pas d’un entourage qui valorise l’éducation, qui a une faible estime de soi, qui maîtrise peu ou pas la langue française et qui peine à trouver la motivation nécessaire pour persévérer à l’école.

LA GAR EST RÉSOLUMENT ORIENTÉE VERS UNE APPROCHE CLIENT

Dans un tel contexte, il n’est pas étonnant que les enseignantes et les enseignants se sentent bousculés, puisqu’on empiète toujours davantage sur le terrain de leur pratique professionnelle en exigeant d’eux qu’ils rendent des comptes sur la façon dont ils interviennent avec leurs élèves. Les objectifs sont clairement définis en termes de cibles chiffrées à atteindre, et ce, en faisant fi des moyens mis à leur disposition, du contexte dans lequel se situe l’école, de même que des caractéristiques des élèves. L’obligation de résultat a supplanté l’obligation de moyens.

« C’est ainsi que le système scolaire gravite désormais autour du nombre, de la quantité et des statistiques comme gage quelconque de la qualité du service offert au parent-client, afin de démontrer au parent-contribuable la rentabilité du système ou le retour sur investissement, et enfin, de situer le Québec de façon concurrentielle, de sorte que les performances chiffrées des élèves se traduisent en capital échangeable pour des avantages économiques. » – Stéphanie Demers

LES MÉFAITS DE LA GESTION AXÉE SUR LES RÉSULTATS

« Je me sens obligé de suivre les formations qui me sont proposées, même si je les juge inadéquates ou non pertinentes. »

C’est une situation trop souvent vécue par les enseignantes et les enseignants.

DE PLUS EN PLUS DE PRESSION : POURQUOI EN EST-IL AINSI?

La pression mise sur les enseignantes et les enseignants afin d’uniformiser leurs pratiques pédagogiques est un des effets néfastes de la gestion axée sur les résultats, maillon de la nouvelle gestion publique (NGP). La NGP introduit dans l’organisation du travail de nouvelles normes qui éloignent les enseignantes et les enseignants de leurs pratiques usuelles. La gestion axée sur les résultats entraîne l’éducation dans un univers qui semble à première vue avoir du sens (efficacité, meilleure gestion, réduction des coûts et appui des pratiques sur des données scientifiques probantes). Toutefois, la réalité est tout autre. La standardisation des pratiques pédagogiques en fait partie. Ces normes dérangent le personnel enseignant, notamment parce qu’elles viennent de l’extérieur (MEES, commissions scolaires, conférenciers, conseillers pédagogiques, chercheurs et professeurs universitaires). Elles définissent une école dans laquelle les enseignantes et les enseignants ne se retrouvent pas : une école qui n’a que pour seul objectif l’atteinte des cibles de résultats fixées par des acteurs qui gravitent autour de la classe. Une école qui est loin des besoins des élèves et du personnel, c’est-à-dire des êtres humains qui la composent. Les enseignants et les enseignantes se retrouvent dans des situations où ils doivent constamment prouver et objectiver leurs actions. Des actions qui, très souvent, ne peuvent être mesurées ou quantifiées parce qu’elles impliquent un facteur humain qui ne se mesure pas et que la gestion axée sur les résultats ne peut considérer. On assiste alors à la mise en oeuvre de « recettes » à grande échelle qui, si elles sont bien appliquées par les enseignantes et les enseignants, devraient permettre à tous les élèves de réussir.

ET LA SANTÉ ?

Les exigences qu’impose l’atteinte des cibles de réussite affectent la santé mentale des enseignantes et des enseignants. Des chercheurs (Maranda et Viviers) définissent maintenant le concept de santé dans le sens large du terme, c’est-à-dire en s’éloignant du cadre strictement biomédical. Un individu en santé a le sentiment que ses actions ont une portée sur le monde, qu’il a le pouvoir d’agir sur celui-ci. Cette relation au pouvoir d’action, conjuguée aux connaissances d’un individu, à la façon dont il se représente les choses, au sens qu’il leur accorde et aux interactions qu’il a avec ses pairs contribue non seulement au développement de son identité professionnelle individuelle, mais également à une identité professionnelle collective. Or, les idéaux auxquels aspirent les enseignantes et les enseignants et qui forgent leur identité (formation d’individus libres, émancipation collective et individuelle, conception de l’éducation comme un bien public, principe d’égalité des chances) ne peuvent se conjuguer aux exigences de la GAR. En plus des impacts nocifs sur la santé mentale, « les instruments de mesure de performance […] réduisent de façon draconienne les horizons d’action, l’innovation, la créativité et la recherche de solutions nouvelles ». Ces instruments engendrent également une diminution du sentiment de compétence, l’érosion de l’autonomie professionnelle ainsi qu’une perte d’identité professionnelle. Qui plus est, dans un contexte où la GAR fait loi, la compétition remplace la collaboration. Afin de se préserver face aux tentatives d’invasion de leur espace professionnel, les enseignantes et les enseignants peuvent agir.

Ce texte est tiré du cahier de participation au réseau d’action sociopolitique de la FAE (p. 19, 28 – 29). Les sources y figurent.

Relations du travail
En savoir plus
Pédagogie
En savoir plus
Sociopolitique
En savoir plus
Projets
Négociation 2020
Poste à poste
Mouvement héros
Semaine pour l’école publique