La taille des classes : aucun impact sur la réussite?

« Envisagez-vous, dans vos propositions électorales, de baisser le ratio maître-élèves, même s’il est désormais prouvé scientifiquement que cela n’a pas d’impact significatif sur la réussite ? » (Bryan Myles, s’adressant aux représentants des partis politiques, dans le cadre de l’événement Le Devoir de débattre/Élections 2018 : Les grands enjeux en éducation, 11 septembre 2018.)

Mis à part un consensus relatif sur la baisse de ratio comme mesure efficace en tout début de parcours scolaire et en milieu défavorisé, les oppositions sont nombreuses sur cette question. En 2014, se basant principalement sur le Rapport Champoux-Lesage, les ministres Yves Bolduc et Martin Coiteux remettent en question les baisses de ratio maître-élèves, alléguant qu’ils n’ont pas eu les effets escomptés sur la réussite. Des mesures de baisse de ratio avaient notamment été étendues à partir de 2011, avec la baisse d’un élève par classe au premier cycle du secondaire, une mesure qui avait été jugée inefficace après consultation auprès des directions d’école et des commissions scolaires. Le ministre Bolduc admet tout de même que « pour que ça vaille la peine, il faudrait descendre [les ratios] beaucoup plus bas ». Or, selon le Rapport Champoux-Lesage, les mesures avaient déjà coûté très cher, soit 179 millions de dollars.

QUELQUES NUANCES

Des travaux de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) (2011) soutiennent que les effets de la variation de la taille des classes sur la performance des élèves ne sont pas étayés par des éléments probants. Les tenants de cette conclusion se réfèrent souvent aux travaux de l’économiste de l’éducation américaine Eric Hanushek. Ne niant pas que les classes de petite taille puissent avoir un effet favorable dans certains contextes, Hanushek soutient que dans le contexte où il est difficile d’isoler la variable ratio, des investissements en ce sens ne sont pas efficients. De façon plus générale, Hanushek met en garde contre un raisonnement, selon lui trop systématique, qui conduit à répondre aux difficultés scolaires en augmentant les moyens par élève. « Un tel schéma de pensée peut empêcher de voir des solutions plus innovantes, et peut-être plus efficaces. »

La difficulté d’isoler cette variable ratio est peut-être due au fait que de petites réductions du nombre d’élèves par classe ne font effectivement pas une grande différence, relève Claire Lapointe, professeure à l’Université Laval et auteure principale d’une importante revue de littérature sur la question. Sa conclusion générale est que oui, la diminution du ratio maître-élèves a un impact positif sur la réussite scolaire, encore plus en début de parcours scolaire, chez les élèves défavorisés et allophones. « Avec de petits groupes, l’enseignant passe moins de temps à la gestion de classe, l’enseignement est plus individualisé, les enfants se sentent plus reconnus et la relation enseignant-parent s’en trouve même améliorée. » Même son de cloche chez la chercheuse et conseillère du ministère de l’Éducation en Ontario, Nina Bascia : « Une réduction de la taille des classes permet aux enseignants d’enseigner “différemment” et de développer diverses méthodes plus adaptées aux besoins des élèves. » L’importante étude française de Picketty et de Valdenaire (2006) conclut que des politiques de baisse de ratio peuvent être appliquées à moyens constants et à tous les niveaux, en ciblant particulièrement les élèves défavorisés, pas seulement au primaire, mais durant tout leur parcours scolaire, ces populations restant vulnérables tout au long de leur cheminement.

Finalement, une imposante revue de littérature, Does class size matter, dirigée par Diane Whitmore Schanznbach et publiée par le National Education Policy Center de l’Université du Colorado, présente les résultats de travaux américains, boliviens, israéliens, danois et suédois notamment, tous sur la taille des classes et son lien avec la réussite scolaire. La synthèse conclut que la taille des classes est un facteur déterminant de la diversité des résultats des élèves, elle a un impact sur le rendement scolaire et aussi sur l’atteinte des autres missions de l’école : la socialisation, le développement des attitudes, etc. Les petites classes seraient particulièrement efficaces pour élever le niveau de réussite des enfants à faible revenu et des enfants appartenant à une minorité. La chercheuse affirme que les décideurs devraient fortement considérer les mesures de réduction de ratio : ce n’est pas parce qu’elles sont chères qu’elles ne sont pas rentables, souligne l’auteure américaine. L’ensemble des chercheurs s’entendent pour souligner que cette mesure ne doit pas être considérée comme une panacée et qu’elle doit être envisagée dans une perspective complémentaire à d’autres politiques.

En somme, le consensus permettant d’affirmer « qu’il est désormais prouvé scientifiquement que la taille des classes n’a pas d’impact significatif sur la réussite » n’existe pas.

Ce texte est tiré du cahier de participation au réseau d’action sociopolitique de la FAE (p. 25). Les sources y figurent.

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