Nouvelle autonome
05 septembre 2018

Bilan du gouvernement libéral : l’épreuve des faits

À l’aube des élections provinciales du 1er octobre prochain, le rythme des annonces à saveur électorale s’accélère, ce qui peut parfois contribuer à détourner l’attention de l’électorat, notamment lorsque vient le moment d’établir le bilan du gouvernement sortant en matière d’éducation. Au cours du dernier mandat, le gouvernement libéral a affirmé qu’il n’y avait pas eu d’austérité; que l’éducation constituait une priorité nationale et qu’il entendait reconnaitre l’expertise des profs. Ces affirmations passent-elles l’épreuve des faits?

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« Nous n’avons pas coupé les dépenses, nous avons ralenti la cadence, nous avons ralenti le rythme de la croissance des dépenses en santé en éducation aussi, mais nous n’avons pas fait de coupes absolues.» — Carlos Leitão, ministre des Finances, 21 novembre 2017

Faux : l’austérité a bien frappé.

Deux mots qualifient les choix du gouvernement sortant en matière de financement en éducation : coupes et inconstance.

Au printemps dernier, l’économiste de l’Université de Montréal Jean-Michel Cousineau a chiffré les compressions gouvernementales en éducation à 1,48 milliard de dollars entre 2010 et 2016. Il a calculé que ce déficit en matière de financement ne sera comblé qu’au cours de l’année 2021-2022, soit onze ans après le début des compressions imposées au réseau. C’est donc une cohorte entière d’élèves qui a été sacrifiée sur l’autel de l’austérité. Les élèves qui sont entrés au préscolaire en 2010 vivront avec les conséquences des compressions durant tout leur parcours scolaire.

Au nom d’une prétendue urgence d’agir, d’importantes coupes ont été effectuées, particulièrement en 2015, pour ensuite laisser place à une pluie de cadeaux.

Quelle est la logique, autre qu’électoraliste, à cette stratégie en dents de scie?

graphique dents de scie

De plus, comme l’écrivaient les économistes François Delorme, Pierre Fortin et Jean-Pierre Aubry dans Le Devoir du 10 septembre 2016, « cette approche du stop-and-go […] est contraire à tous les principes de bonne gestion. » Cette approche cyclique de courte vue ne met pas le système éducatif à l’abri de nouvelles coupes. Par sa rigueur excessive, le gouvernement a inutilement détérioré les services publics, non sans conséquence durables.

2

« Nous sommes le parti de l’éducation, nous sommes le gouvernement de l’éducation, je suis le premier ministre de l’Éducation ». — Philippe Couillard, premier ministre, 15 mai 2017

Faux : l’éducation n’est pas une priorité selon le dernier budget déposé par le gouvernement libéral.

Au-delà des discours, un gouvernement énonce clairement ses orientations et priorités par ses choix budgétaires. Or, dans son budget 2018-2019, le gouvernement de Philippe Couillard prétend accorder une hausse exceptionnelle aux dépenses (5,6 %) dans le secteur de l’Éducation. Celui de l’enseignement supérieur a même connu une hausse de 8,4 %. Toutefois, sur 1,5 milliard d’argent « neuf » octroyé à l’éducation, près de 500 millions serviront à compenser les pertes encourues par la réforme du système de taxation scolaire, ce qui ramène l’augmentation des dépenses à 5 % dans ce secteur. Cette augmentation tient compte des coûts de service (ce qu’il en coûte au secteur de l’éducation pour offrir le même niveau de service d’une année à l’autre) qui oscillent entre 4 % et 5 %. Autrement dit, il n’y a pas de réinvestissement en éducation.

3

« Il faudra maintenir un système le plus flexible possible et transférer la prise de décisions dans la salle de classe » — Philippe Couillard, premier ministre, 1er décembre 2016

Faux : le gouvernement a renforcé la gestion axée sur les résultats et ignoré la concertation des acteurs au détriment de l’autonomie professionnelle.

Plusieurs décisions relevant du jugement professionnel des enseignantes et enseignants se prennent encore en dehors des salles de classe. Les pressions pour gonfler les résultats de certains élèves en témoignent. Rappelons l’imposition cavalière, dans un contexte « d’urgence », des apprentissages d’éducation à la sexualité, du cours d’éducation financière, des contenus en orientation scolaire et professionnelle (COSP) et de l’implantation des nouveaux programmes à l’éducation des adultes (EDA). Au-delà des fondements derrière ces modifications, ce sont les contextes de précipitations, l’absence de concertation et le mépris de la réalité des profs directement touchés par ces changements qui ont fait la marque du gouvernement sortant.

En cette rentrée 2018, la mise en œuvre du projet de loi no 105 accentue encore une fois la gestion axée sur les résultats et la lourdeur des redditions de compte : les nouveaux plans d’engagement vers la réussite (PEVR) du ministère forcent le personnel enseignant à répondre à des cibles arbitraires qui ne tiennent pas compte des populations avec lesquels les profs travaillent et les milieux dans lesquels ils œuvrent. Les nombreux resserrements ainsi que la multiplication des contraintes agissent comme des éteignoirs au moment où l’école publique a plutôt besoin d’oxygène pour remplir ses missions et les profs d’une véritable reconnaissance de leur expertise pour travailler.

Les annonces qualifiées « d’historiques » et les médailles de l’Ordre d’excellence n’ont pas suffi à camoufler le bilan du dernier règne : coupes, imprévisibilité, contraintes et perte d’autonomie, voilà ce qui a caractérisé une gestion de courte vue, celle d’un ministère jouant pourtant un rôle capital dans le développement du Québec.

 


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